Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie

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1996 - 2006 : DIX ANS DE LA VIE DU CRLDHT

3 janvier 2008, par CRLDHT

Un mot en guise d’introduction

I. De la fondation :

La création du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme à Paris a été le couronnement d’un effort tenace consenti par un groupe de militantes et de militants, tunisiens et non tunisiens, chacun à partir de ses propres positions, dans le but d’élargir le domaine de la lutte pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie. En effet, il était urgent de briser le black out médiatique et de gagner l’approbation et la solidarité européenne et internationale en faveur de ce combat fondamental contre le despotisme, d’autant plus que la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH) avait à l’époque besoin d’une initiative urgente pour soutenir son combat et l’aider à protéger son indépendance et son existence.

La fondation du Comité se justifiait par diverses considérations et obéissait à plusieurs motivations dont les principales sont les suivantes :

1. Le verrouillage total opéré par le régime tunisien, l’aggravation des violations des droits de l’homme et l’abandon des derniers espoirs placés en lui par de vastes secteurs de l’élite, vu que la répression avait atteint les divers courants d’opposition, nombre de personnalités militantes et démocrates et autres "insoumis" après la campagne d’éradication menée contre les islamistes avec son cortège de tragédies.

2. Les conditions critiques qu’avaient connues la LTDH au lendemain de son quatrième congrès (1994) et les divisions, la faiblesse et les doutes qui s’ensuivirent avaient porté un coup sérieux à la symbolique et au caractère de pionnier de ce genre de mouvement et de leur indépendance.

3. L’apparition d’un nouveau besoin dans divers milieux non gouvernementaux et gouvernementaux occidentaux de comprendre ce qui se passait en Tunisie, où grandissait l’intérêt international pour le "modèle de stabilité" en comparaison de la fragilité des régimes voisins, et les foyers de tension régionale.

Le succès relatif de la diplomatie tunisienne n’avait fait qu’aggraver la confusion ; en effet ladite diplomatie avait usé et abusé de l’inflation verbale concernant les droits de l’homme et le souci de promouvoir la modernité, d’autant plus que "le régime tunisien avait fait ses preuves comme pionnier dans la répression du danger montant du fondamentalisme et l’extrémisme religieux en Tunisie et dans toute la région". Les autorités tunisiennes avaient consacré des sommes colossales pour mettre en oeuvre des moyens de renseignements performants et mobiliser des propagandistes spécialisés, déployés dans la plupart des capitales occidentales, du genre de "l’agence de communication extérieure" à la triste réputation ; tout cela pour circonscrire les combats des militants de la communauté tunisienne à l’étranger et embrouiller leurs activités, allant jusqu’à se venger par des actes de violence visant certaines figures emblématiques du mouvement démocratique et à faire circuler de fausses rumeurs à leur égard, essayant vainement de camoufler la répression systématique.

4. La signature d’un Accord d’Association entre l’Union Européenne et la Tunisie en 1995 qui avait ouvert de nouveaux horizons. Le mouvement des droits de l’Homme devait tenir compte de cet Accord et en prendre son parti pour l’exploiter comme arme contre la diplomatie officielle. Il est évident qu’aucun de ces éléments, pris séparément, n’était suffisant pour entreprendre cette aventure. Il fallait que les militants de cette cause, forts de leur expérience et des relations qu’ils avaient établies dans les pays d’accueil et des liens qu’ils avaient gardés avec les milieux agissants en Tunisie, les considèrent dans leur globalité et dans toutes leurs dimensions.

II. Le Comité comme nouvel acteur et comme une passerelle :

Le Comité a structuré son action dès le début en s’appuyant conjointement sur les données, les événements et les dynamiques de l’intérieur du pays d’un côté et sur les opportunités et les espaces offerts par l’agenda extérieur en France, en Europe et sur le plan international, au niveau de l’opinion publique et des institutions d’un autre côté. En cela nous étions le porte-voix et l’initiateur sur le plan des médias étrangers et la passerelle entre les forces agissantes un peu partout et ce, pour mobiliser le soutien international. Nous voulions ainsi briser le silence médiatique et desserrer l’étau de la répression qui se serrait sur les militants. Nous estimons avoir contribué à leur assurer le minimum de protection et à donner sens à leur lutte au sein du pays.

Le Comité a aidé autant que faire se peut à mobiliser les moyens matériels et politiques. Il a investi ses relations et les positions qu’occupaient ses membres actifs et ses sympathisants dans le but d’apporter tous les soutiens au mouvement des droits de l’homme et aux défenseurs des libertés en Tunisie. Toutes ces actions ont fini par donner leurs fruits et ce, à deux niveaux :

1. Malgré l’avance prise par le régime tunisien et l’accaparement des champs diplomatiques et médiatiques à l’étranger, les énormes moyens financiers consacrés à sa propagande, le Comité a contribué à dynamiser les luttes développées à l’intérieur même du pays. Nous avons ainsi repris l’initiative en coupant l’herbe sous les pieds du pouvoir dictatorial. Et ce, pour mobiliser le soutien international, briser le silence médiatique et desserrer l’étau de la répression qui enserrait les militants.

2. Le mouvement des droits de l’homme, et plus largement, le mouvement de protestation en Tunisie, a investi de nouveaux espaces. Ses figures emblématiques, hommes et femmes, ont noué des relations directes, voire personnelles, qui ont renforcé notre contre-pouvoir et amélioré nos influences dans le monde des médias et auprès des institutions et associations, et ce, sur tous les plans, national, régional et international.

Le Comité à constamment considéré son soutien aux victimes de la répression politique comme un volet essentiel de sa mission. Outre ses efforts ininterrompus tendant à rendre l’information accessible sur les violations des droits humains, le Comité s’est attaché à organiser, tantôt seul, tantôt en étroite collaboration avec ses partenaires, des missions d’observations et d’enquêtes composées d’avocats, de députés, de personnalités civiles et/ou politiques, en signe de soutien et de solidarité avec tous les persécutés. Moult Rapports ont été rédigés pour en témoigner.

Le despotisme ayant par ailleurs persisté dans la répression de tous ses adversaires, aggravant ainsi toujours davantage l’injustice avec son cortège de tragédies, la nécessité c’est du coup fait sentir chez nous d’approfondir notre travail de recensement et de redoubler d’efforts en vue de prospecter de nouvelles voies de dénonciation.

Nous avons très tôt apporté assistance (autant que faire se pouvait) aux expatriés et aux réfugiés. Des témoignages poignants ont été publiés. Un livre dénonçant l’usage quasi-systématique de la torture (en Tunisie) a été publié (Editions : Les Temps des cerises) ; plusieurs cahiers traitant, entre autres, des punitions collectives infligées aux familles et proches des victimes de la répression, ont également été édités ; des Rapports sur l’état des prisons tunisiennes, sur l’amnistie générale et sur l’indépendance de la justice (et le triste sort réservé par les autorités à l’Association des Magistrats Tunisiens) ont été publiés.

Ceci sans oublier les initiatives prises par le Comité —toujours en association avec ses partenaires nationaux et internationaux— en vue de dynamiser les outils et mécanismes onusiens et/ou internationaux dans le but de démasquer la politique répressive et liberticide du régime tunisien. Il en est ainsi de la première Motion votée par le Parlement Européen en 1996 ainsi que la singulière action initiée auprès de la Commission Contre la Torture de l’ONU, en 1998. D’autres démarches en amont et en aval de ces deux actions-phares ont été menées auprès des Groupes de Travail onusiens notamment celui sur les arrestations arbitraires. De même, nous avons pris activement part —en étroite collaboration avec les acteurs de la société civile— à l’organisation et la coordination de la visite, à Tunis, du Rapporteur spécial sur les libertés d’expression et d’information, en 1999. Le tout sans négliger notre rôle auprès du Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations Unies...

L’ensemble de ses actions n’auraient pas pu voir le jour sans le concours de nos ami(e)s aussi bien en Tunisie qu’ailleurs.

Il convient d’ailleurs de rappeler, à ce propos, qu’une pleine mobilisation de la scène tunisienne a été indéniablement atteint dans cette période d’avant le revirement du 11 septembre 2001. Un rappel des principales dates y afférentes permettra sans doute de prendre la mesure du rôle qu’y a joué le Comité :

1. la première concerne l’écho médiatique sans précédent qui a été réservé à la grève de la faim du journaliste Taoufik Ben Brik (avril 2000 et plusieurs mois après), ainsi que la dynamique politique et la mobilisation qui s’en sont suivies à l’échelle nationale et internationale. Il s’agit-là d’un évènement pour lequel le Comité s’est entièrement mobilisé —en dépit de nombreus quiproquos— tant matériellement que politiquement en vue de « fructifier » l’évènement auprès de la communauté tunisienne, des milieux institutionnels français comme européens... dans un esprit dévoué à la lutte pour les libertés, les droits de l’homme et la démocratie.

2. la deuxième a trait à la nouvelle dynamique qu’a connue la scène politique tunisienne, attestant d’un éveil doublé d’une prise de conscience de l’importance croissante de l’action politique. Nous avions pu alors assister à l’éclosion d’initiatives et des débats fructueux tendant à rectifier les représentations et équations jusqu’alors dominantes dans les deux sociétés civile et politique, notamment en ce qui concerne les relations entre les deux « blocs » politique et associatif. Il en est résulté une réelle réhabilitation du rôle pionnier du politique. Ce qui a permis le passage d’une position purement défensive et contestatrice à une force d’opposition politique apte à concurrencer le régime : on en veut pour preuve que depuis mars 2000 on a assisté à une floraison d’Appels, de pétitions, de débats, lancés par les diverses familles politiques ou des personnalités indépendantes... Le Comité a suivi attentivement et de très près ce « bouillonnement » et se tient d’ores et déjà prêt à inter-réagir avec de nouveaux partenaires d’essence politique et partisane, avec tout ce que cela implique comme exigences...

3. on commence d’ores et déjà à saisir l’importance de la brèche ouverte dans le dispositif médiatique du régime —au prix fort des luttes et sacrifices consentis des années durant— et l’inauguration d’un contact direct avec de larges couches de la population tunisienne. Tout le monde, en effet, se souvient de l’échos populaire formidable d’un certain nombre de luttes portées par des figures emblématiques de l’opposition démocratique tunisienne (1999-2001) à travers leurs multiples prestations sur les chaînes satellitaires européennes et arabes (Al Mûstakella, Al Jazira, etc.), lesquelles, comme tout un chacun le sait, bénéficient d’une large audience auprès des tunisiens. Outre l’information, les articles de presse et les reportages diffusés par les plus grandes radios et journaux arabes et mondiaux.

4. la réussite de la plus grande mobilisation nationale et internationale, qui s’est poursuivi de l’été 2000 jusqu’à la tenue du 5ème Congrès de la LTDH, en octobre de la même année. Les défis étaient, en effet, on ne peut plus grands eu égard notamment à la survivance des dégâts occasionnées par le 4ème Congrès. Le Comité a joué un rôle de premier plan dans le succès du 5ème Congrès et ce, grâce à ses rapports privilégiés avec d’éminents dirigeants de la Ligue et des leaders du mouvement des droits de l’homme et du mouvement démocratique tunisien et international concernés. Nous avions, à cette occasion, organisé de nombreuses rencontres et satisfaits aux conditions d’entente permettant le rapprochement entre les positions contradictoires. Nous avons également mobilisé tous nos moyens matériels et humains et avions organisé un important colloque consensuel, au Maroc, qui a réuni autours de la même table les principaux acteurs concernés par l’aboutissement et la réussite dudit Congrès.

III. Réajustements nécessaires dans des circonstances nouvelles et complexes :

Cette brochure de présentation ne saurait répondre à la célébration de la décennie de la fondation du Comité si l’on négligeait d’évoquer l’important tournant que représente l’événement du 11 septembre 2001 et l’ensemble des impacts sur les plans, national, régional et international. On est en effet obligé de se référer au terrible coup qui a atteint les rapports de force et les équilibres internationaux et les tensions qui en ont résulté endommageant considérablement l’idée même des droits de l’homme face à la priorité absolue accordée aux considérations sécuritaires. Cet acte terroriste horrifiant a constitué un prétexte pour les dictatures en place, ainsi que pour les démocraties occidentales menées par les Etats-Unis, pour mettre en cause les acquis historiques dans les domaines des libertés privées et publiques. En effet, sur le plan des relations internationales, les gouvernements de ces pays se sont empressés d’opérer des révisions immorales de leurs alliances, et ce, au détriment des valeurs et principes humains universels qu’ils avaient en partage. Les Etats-Unis ont déclaré, avec la complicité des plus anciennes démocraties, une « guerre planétaire ininterrompue contre le terrorisme ». Les dictatures arabes, dont la Tunisie, ont trouvé ces situations propices pour se refaire une virginité et s’affranchir d’un certain isolement, afin de reprendre l’initiative, surtout sur le plan diplomatique et médiatique. Le gouvernement tunisien, fort de cette immunité, a alors occupé, une position importante parmi les partisans de « l’axe du bien ». Il en a aussi profité pour reprendre l’agenda qu’il avait différé luttant contre l’axe du mal en enterrant ce qui restait de la constitution tunisienne. Ainsi a-t-il organisé ses mascarades électorales et déclaré une guerre générale contre toute forme d’opposition (L.T.D.H, les professeurs universitaires, les avocats, les juges, les journalistes, les jeunes internautes, etc.) déployant ses appareils, policier, juridique et médiatique. Le gouvernement tunisien n’a-t-il pas béni les plus grandes campagnes de licenciement d’ouvriers et la fermeture d’entreprises dans différentes régions, continuant sans honte aucune à protéger les bandes corrompues et à fermer les yeux sur le pillage du pays. Le résultat était un déséquilibre profond du rapport de force entre le gouvernement d’une part et la société civile d’autre part. L’impact fut grand sur notre Comité vu la position qu’il occupait et la nature du message et du rôle qui sont les siens.

Ce tournant a eu des effets négatifs sur notre action et nos relations avec les institutions européennes et internationales…d’autant plus que nous agissions selon un principe qui défend toutes les victimes de l’oppression et de l’injustice y compris les militants de l’opposition islamistes, et que nous croyons important et légitime le pari de l’intégration de l’islam politique modéré dans le jeu politique pour un changement démocratique pacifique dans la région arabe et musulmane.

Comme d’autres, nous avons vécu des états d’inertie et de questionnement quant à la validité des concepts, surtout que le « le tremblement » a secoué beaucoup de valeurs et de critères que nous considérions comme autant de prémices et d’acquis définitifs dans la marche de l’humanité vers l’instauration de la souveraineté de la justice et la primauté du Droit. Il était nécessaire pour le Comité de reprendre son activité et de récupérer sa position malgré les difficultés du moment.

Nous avons œuvré avec nos partenaires et les forces éclairées pour relever l’esprit de partenariat et nous nous sommes accordés un temps de réflexion pour rationaliser nos positions, notre rôle et nos priorités, ainsi qu’une vigilance rapprochée concernant la nouvelle donne en Tunisie et en Europe.

Après quoi, nous avons démarré le renouveau de notre expérience que nous avons voulue plurielle et ouverte d’égal à égal entre les membres du Comité, les amis et les partenaires à l’extérieur comme à l’intérieur. Ensuite nous avons fait un bilan de synthèse conciliant toutes les participations et les opinions qui avaient opté à l’unanimité pour la nécessité de sauvegarder la dynamique du Comité, le considérant comme un acquis pour l’ensemble du mouvement démocratique et les forces affirmant les droits de l’homme en Tunisie. Ce moment d’évaluation partagée nous a aidés à identifier les nouveaux besoins de l’intérieur et nous a permis d’opérer les ajustements nécessaires quant à notre rôle, notre démarche et nos moyens.

Nous nous sommes assignés quatre thèmes prioritaires pour nos interventions à venir : — La question de l’indépendance de la justice, des juges et des avocats. — Le dossier des prisonniers politiques et l’exigence d’une amnistie générale. — Les médias et la liberté d’expression et d’opinion. — Le dossier des droits économiques, sociaux et culturels.

Nous avons également élargi la mission du Comité pour travailler sur la question de la démocratie. D’où notre ouverture sur les différents acteurs politiques aussi bien locaux qu’internationaux. Nous étions déterminés à mettre tout en œuvre tant sur le plan matériel qu’organisationnel mieux à même de réaliser cet objectif. En effet, outre notre champ d’action originaire consistant dans la défense des libertés et des droits de l’homme ( actions auprès des médias, organisations de compagnes d’information, le soutien aux défenseurs des droits de l’homme), le Comité a — notamment durant les quatre dernières années — inscrit le soutien au combat démocratique de l’intérieur à la tête de ses priorités : nous avons créé des espaces de rencontre et de débats aussi bien en France qu’ailleurs, destinés à l’opinion publique et aux décideurs. En cela nous avons préféré donner la parole aux différentes sensibilités sans exception ni exclusive. A cet effet, le Comité s’est assigné pour tache de faciliter les rencontres mettant ainsi à profit la crédibilité dont il jouit auprès des démocrates et des défenseurs des droits de l’homme aussi bien tunisiens qu’européens, jouant ainsi le rôle de facilitateur et de multiplicateur des points de rencontre entre les différents acteurs … dans le but d’élargir le champ des luttes et d’étendre ses perspectives. A titre d’exemple, nous nous contenterons de citer les colloques suivants : le meeting du 18 mai 2002 organisé à Paris à la veille du référendum sur la Constitution ; le meeting du 16 octobre 2004, également à Paris, à l’occasion des élections présidentielle et législative ; le colloque tenu à Bruxelles du 2 au 4 juin 2005 sur l’Accord d’Association UE-Tunisie ; la grande campagne européenne organisée entre le 12 et 17 décembre 2005 au lendemain du SMSI et de la grève de la faim collective du 18 octobre de la même année, etc.

Tout au long de notre activité, nous avons été guidés par trois principes indérogeables :

1. Le rejet de toute exclusion vis-à-vis des composantes de l’opposition, des organisations de défense des droits civils et politiques réellement indépendantes et crédibles 2. La nécessité d’associer les acteurs et amis français et européens dans nos activités et le refus de nous cantonner dans des sphères tuniso-tunisiennes. 3. Faire tout notre possible afin de réunir les différents acteurs politiques et associatifs autours de la même table chaque fois qu’il s’est agi de traiter des questions d’intérêt national.

Par ailleurs le Comité se félicite de sa présence notable au sein des structures maghrébines et arabes des droits humains. Ce qui nous a permis de prendre davantage conscience de l’interpénétration et de l’interdépendance entre la situation propre à la Tunisie et ce qui se décide stratégiquement à l’échelle internationale…

C’est ainsi que le Comité a pu aider les composantes de la société civile tunisienne à occuper des positions remarquables au sein des dynamiques et espaces régionaux et internationaux, tels que les forums civils et sociaux. De même il n’a pas manqué de prendre part aux initiatives portant sur l’organisation de rencontre et ateliers et réflexions sur les stratégies de réforme démocratiques dans la région. Il a également contribué très activement à la mise en place de réseaux de travail commun arabe, maghrébin et euro-méditerranéen, tels que le Réseau Euro-Méditerranéen des droits de l’homme, la Coordination Maghrébine des Droits de l’Homme ou le Forum Social Maghrébin, le tout dans une perspective alter-mondialiste.

Dans le même ordre d’idées, et afin que la lutte pour la démocratie en Tunisie puisse intégrer cette dimension régionale et internationale irréductible, le Comité n’a eu de cesse d’apporter son soutien au Forum Social Tunisien depuis l’éclosion de l’idée de sa création et durant toutes les étapes qui s’en sont suivies.

Nous sommes, au sein du Comité, déterminés à poursuivre nos efforts, à partir de nos propres positions et spécificités, dans la bataille pour la liberté et pour la démocratisation de la Tunisie. Aussi, nous nous engageons à maintenir ce cap dans le respect de nos principes fondamentaux et tout en restant fidèles à nos engagements à l’égard de nos partenaires, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger.

Quant aux incriminations et campagnes diffamatoires dont nous avons été l’objet de la part du pouvoir et ses valets, elles ne recevront de notre part que mépris et dédain. En effet, notre Comité a eu pour constante et ce, depuis sa création, la transgression des « lignes infranchissables » imposées par le régime en vue d’intimider ses adversaires ; lignes qu’il brandissait face à tous pour, d’une part, embellir son image à l’étranger et, d’autre part, dissimuler sa nature despotique.

Nous avons, avec d’autres, fait connaître avec force les revendications relatives aux libertés et à la démocratie. De même, nous avons servi de relais aux leaders et défenseurs des droits humains pour qu’ils puissent tisser des relations internationales durables. Le tout ayant dessiné les contours d’une politique étrangère alternative au détriment de la diplomatie officielle. Ce faisant nous avons ébranlé la première ligne rouge et invalidé l’effet de l’épouvantail de la trahison nationale brandit par le pouvoir.

S’agissant de la deuxième ligne rouge que nous avons contribué à franchir et affaiblir, elle concerne l’amorce d’une normalisation avec « l’ogre » islamiste, classé — naturellement — par le régime dans la « catégorie de terroristes infréquentables », légitimant, par là-même, sa liquidation et interdisant à la société de défendre leurs droits civils et politiques.

Notre Comité a œuvré, par principe et en toute transparence, en vue de la levée de cet ostracisme et pour l’instauration d’un dialogue constructif, pluraliste et ouvert en faveur des droits et de la liberté de tous.

La commémoration du 10ème anniversaire du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, est pour nous l’occasion de partager un moment de joie et de convivialité avec tous nos amis. C’est aussi l’occasion de les inviter à partager nos préoccupations et réflexions. Nous organiserons, à cet effet, deux ateliers dédiés à deux questions cruciales qui méritent d’être revisitées et débattues de manière contradictoire.

La première : revisiter, encore une fois, les Accords de partenariat U.E-Tunisie du point de vue de la société civile. Il y sera question de s’interroger sur la légitimité et la pertinence du passage d’une « stratégie d’accompagnement critique » à d’autres alternatives, y compris celle de la demande de suspension (totale ou partielle) desdits Accords.

La deuxième : nous vous proposons, d’autre part, de vous joindre au Comité pour débattre de la problématique de la transition démocratique en Tunisie et de ses obstacles immédiats. L’objectif étant de rechercher des éléments de réponse concrets pouvant aider à dépasser le blocage actuel. Nous aborderons également le rôle du mouvement des droits de l’homme dans cette donne politique.

Nous espérons de la sorte offrir à tous un espace public pluraliste et démocratique mieux à même de permettre le déploiement d’un débat contradictoire et constructif.

Ceci sera également l’occasion pour nous de tirer profit des contributions escomptées en vue d’affiner notre stratégie d’action et de donner plus de consistance au mots d’ordre puisés dans ces deux domaines respectifs.

Le succès du Comité est, sans doute, la preuve de ce qu’il a été une bonne réponse à de vraies questions. Il est aussi la résultante de l’esprit réformiste qui habite ses animatrices et animateurs, ainsi qu’à la démarche consensuelle qui lui est inhérente ; en ce sens où il a toujours privilégié le rassemblement du plus grand nombre sans discriminations ni exclusives.

Le parcours du Comité est avant tout un parcours humain et volontariste. Comment pouvait-il en être autrement, dès lors qu’il a réussi à inventer un cadre qui a pu accueillir en son sein des militants d’horizons, de nationalités et de sensibilités différentes, voire même parfois contradictoires.

Nous sommes donc, bel et bien, en présence d’une aventure humaine qui n’aurait manifestement pas pu voir le jour et évoluer sans la solidité des liens d’amitié, de confiance et de respect qui unissaient (et unissent toujours) ses membres et leurs partenaires, et ce tout le long de son parcours !

Paris, 12 décembre 2006.

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