Répression sauvage dans le bassin minier de Gafsa suivie de dizaines d’arrestations
8 avril 2008, par CRLDHTLes villes de Redaïef et de Moularès, dans le bassin minier de Gafsa, au Sud du pays, ont été le théâtre d’une vague de répression inégalée qui a touché, ce week-end, les principaux acteurs syndicalistes. Cette région et ses centaines de chômeurs diplômés, sont en ébullition constante depuis plus de trois mois pour réclamer leurs droits fondamentaux à l’emploi et à la dignité. Ces confrontations ont été suivies par des arrestations multiples et de violentes agressions physiques.
Rappelons que le grondement populaire que vit le bassin minier de Gafsa à Métlaoui, Redaïef et Moularès depuis plus de trois mois, a éclaté le 5 janvier 2008, jour de la publication de résultats du concours de recrutement professionnel au sein de la Compagnie de « Phosphate Gafsa », principal employeur de la région, des résultats considérés par l’ensemble de la population comme frauduleux et basés sur le favoritisme (Voir Communiqués du CRLDHT du 22 janvier et 10 mars 2008).
C’est une première depuis l’accession au pouvoir de M. Ben Ali : depuis le début de l’année en cours, des centaines d’hommes et des femmes, toutes générations et catégories sociales confondues se sont trouvés dans la rue criant leur colère et leur refus de se sacrifier davantage au profit d’une politique injuste marquée par la corruption et le népotisme.
Le samedi 5 avril dernier, la société civile tunisienne a exprimé son soutien à la population du bassin minier de Gafsa et à ses revendications légitimes en organisant une journée de solidarité nationale au siège de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates avec la participation de leur Comité national de soutien. Cette journée a marqué la présence de toutes les sensibilités associatives, sociales et politiques.
La vague de répression des représentants syndicalistes s’est déclenchée le lendemain avec le retour de Tunis de ces derniers. Le dimanche 6 avril, vers 5h du matin, les forces policières, appuyées par des renforts, ont encerclé la ville de Redaïef et pris position dans ses principales artères. Une première confrontation avec les habitants a éclaté vers 13h pour, quelques heures plus tard, s’étendre et toucher toute une population, avide de justice sociale et qui ne croit plus aux fausses promesses tenues par les différents responsables régionaux et nationaux. Le lundi 7 avril 2008, vers 8h du matin, la police politique a procédé à l’arrestation des Ms. Adnane Hajji, secrétaire général du syndicat de l’enseignement de base et membre actif de l’Union locale de l’UGTT, Boujemaa Chraïti, secrétaire général du syndicat de la santé de Redaïef ainsi que son fils Ghanem Chraïti, étudiant , Taïeb Ben Othman et Adel El Jayar, deux enseignants syndicalistes. Tous ont été violemment battus lors de leur arrestation devant le siège local de l’UGTT.
Le jour même à Moularès, une manifestation a été sauvagement réprimée, neuf des manifestants ont été hospitalisés. Des dizaines de jeunes ont été arrêtés puis relâchés sous la pression de la population, venue en masse protester devant le poste de police et de la gendarmerie.
Aujourd’hui, des dizaines d’arrestations de jeunes tunisiens ont été enregistrées à Redaïef, accompagnées par des descentes policières musclées. Un climat de frayeur a été instauré dans toute la ville en violant l’immunité des domiciles et en procédant à des intrusions menaçantes dans tous les quartiers assurant le bouclage total de la ville et l’arrêt de toute circulation..
Parmi les personnes arrêtées, il y a : Ms. Fouad Khenaissi, Ben Salah Jedidi, Abdelwaheb Jedidi, Sami R’hili, Fayçal Dhaouadi, Ameur Jedidi, Fayçal Massi, chômeur. Lassâad Semmi, Hassène Rahhali, Lassâad Zbidi, Mohamed Baya, Mohamed Bellakhda, Fayçal Ben Amor, Abdelwaheb Ben Salah, Anis Majdi, Mohamed Ben Othmane, Mahmoud Chriti, Fathi R’hili, Issam Rguili, Rabiî Deguachi.
Adnane Hajji, porte parole de ce mouvement de protestation populaire des familles des miniers est particulièrement mis à mal car il souffre d’une insuffisance rénale.
En même temps, les écoles et le lycée ont fermé leurs portes : élèves et enseignants ont rejoint les manifestants à travers toute la ville. Les commerçants également ont fermé leurs magasins et vers 14h de l’après-midi, tous les syndicats ont annoncé une grève générale illimitée dans toute la ville jusqu’à la libération des leurs.
L’épouse de M. Adnane Hajji a entamé une grève de la faim illimitée devant la section locale de l’UGTT, décidée à poursuivre son action jusqu’à l’élargissement de son époux.
Le CRLDHT s’insurge contre cette nouvelle vague de répression qui s’abat sur toute une région, parmi celles qui ont été sacrifiées au nom du « miracle économique Tunisien » ! Il exige de toute urgence la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées. Il appelle le pouvoir tunisien à mettre fin à la politique du tout répressif et à engager de nouveau les négociations avec les différents représentants locaux. Il exprime son soutien à la population du bassin minier de Gafsa et à leurs syndicalistes dans leur lutte pour le droit au travail et à la dignité.
