Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie

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Flash-Infos du 11 décembre 2009

11 décembre 2009, par CRLDHT

Arbitraires, représailles et contre-feux • Les plus vives inquiétudes sur la santé de TBB. Ce dernier appelle à l’aide : « Ils veulent ma mort à petit feu. Faites-moi sortir de là »

• Interdictions de visites, brimades et actes arbitraires, tracasseries et harcèlement

• L’asphyxie de l’opposition démocratique véritable

• Appel à la solidarité avec Hamma Hammami

• Incidents et provocations à l’aéroport de Tunis-Carthage au retour de Khémaïs Chammari en Tunisie

• La campagne de diffamation et de haine se poursuit.

• Un reflux discret ?

• Repères


La dérive répressive du gouvernement a engendré un climat de tensions et de crispations dans les rapports de l’Etat-RCD avec les composantes autonomes de la société civile et la dissidence mais aussi avec les principales chancelleries occidentales, y compris celles qui ont toujours fait preuve de complaisance et de connivence avec le régime du Président Ben Ali. La virulence de la riposte officielle tunisienne, le recours au soutien de l’imprévisible roi des rois libyen, la façon perverse dont a été lancée la campagne sur « la repentance française » et le recours, à cette fin, à un second couteau téléguidé, M. Innoubli secrétaire général de l’UDU (union démocratique unioniste), ont provoqué un malaise aux conséquences considérables

Les plus vives inquiétudes sur la santé de TBB. Ce dernier appelle à l’aide : « Ils veulent ma mort à petit feu. Faites-moi sortir de là »

Mercredi 9 décembre 2009 en fin de matinée, l’épouse de TBB, Azza Zarrad, ses deux frères, Jalel et Fethi et sa sœur Saida se sont rendus à Siliana pour rendre visite à Taoufik. Azza et Jalel se sont vus refuser le droit de visite suite à des « ordres strictes émanant de Tunis » ! Cette mesure d’exclusion, arbitraire est inadmissible et scandaleuse sur le plan juridique mais aussi sur le plan humain. Fethi et Saida ont pu rencontrer leur frère Taoufik . Déterminé et sûr de son bon droit, celui-ci s’est toutefois plaint des conditions de sa détention au niveau de l’hygiène et du suivi sanitaire. Taoufik Ben Brik souffre d’une maladie chronique immunitaire qui nécessite des soins relativement lourds que le médecin (à temps partiels) de la prison de Siliana et l’infirmerie embryonnaire de cette prison ne peuvent assurer. Le médecin a semble t-il reconnu qu’il ne comprenait rien à la maladie de TBB. Atteint du syndrome de Cushing, maladie dégénérative des défenses immunitaires, TBB souffre de diarrhée chronique, d’urticaire et de symptômes grippaux.

La famille et les proches de Taoufik Ben Brik ainsi que ceux de Zouhair Makhlouf continuent de manifester une légitime inquiétude quant à leurs conditions de détention. Des démarches sont entreprises pour dépêcher en Tunisie une mission médicale de haut niveau.

Interdictions de visites, brimades et actes arbitraires, tracasseries et harcèlement

Les brimades, les représailles et les actes arbitraires continuent à se multiplier. Trois avocats (Maîtres Radhia Nasraoui, Ayachi Hammami, et Mohamed Abbou) ont été à nouveau empêchés de rencontrer Taoufik Ben Brik. La veille, à la suite d’un précédent refus, plusieurs dizaines d’avocats avaient organisé un « sit-in » devant le bureau du procureur de la République et l’épilogue de cette action a été que les avocats ont reçu toutes les assurances de rendre visite à Taoufik Ben Brik le mardi 8 décembre. Une fois de plus cette promesse n’a pas été tenue. Dans un communiqué conjoint ces trois avocats ont rappelés qu’ils sont interdits de visite de leur client depuis le 17 octobre c’est-à-dire 48 heures avant sa comparution devant le tribunal.

Dans une lettre adressée à Maître Radhia Nasraoui en sa qualité d’avocate de TBB, Mme Nicole Borvo Cohen Seat, vice présidente communiste de la commission des lois du Sénat à réitéré l’expression de sa « totale solidarité » avec TBB dont le combat « pour la liberté d’expression en Tunisie, et pour la démocratie gêne le pouvoir autoritaire en place ; sa situation témoignant d’une aggravation très inquiétante de la répression ».

Dans le même temps les tracasseries et le harcèlement des animateurs associatifs et politiques dissidents continuent et la liste notamment des personnes qui ne peuvent plus recevoir de communications de l’étranger ne cesse de s’allonger. Elles concernent à présent une vingtaine d’avocats, de défenseurs et de proches des victimes de la répression.

Le CRLDHT dénonce cet entêtement de l’Etat-RCD dans la voie de la coercition et de l’atteinte aux libertés les plus élémentaires. Il en appelle au renforcement du mouvement de solidarité internationale qui a connu depuis le début du mois de novembre une relance qu’il convient de maintenir et de développer.

L’asphyxie de l’opposition démocratique véritable

Les trois partis politiques légaux de l’opposition véritable en Tunisie (le PDP, le FDLT et At-Tajdid) viennent de rendre publiques, chacun de son côté, des déclarations solennelles faisant part de leurs inquiétudes grandissantes face à un pouvoir empêtré dans les conséquences de sa fuite en avant autocratique et répressive qui s’est aggravée de façon très préoccupante depuis la mi-septembre et les élections du 25 octobre 2009. Les trois journaux de ces partis ont tenu une conférence de presse commune ce jeudi 10 décembre axée sur l’asphyxie délibérée à laquelle ils sont confrontés.

Appel à la solidarité avec Hamma Hammami

Il y a deux mois, mon mari, Hamma Hammami, Directeur du journal « Al Badil » (interdit) et porte parole du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (non autorisé), a été contraint de nouveau à la clandestinité. Les agents de la police qui sont venus l’arrêter le 12 Octobre dernier, ont terrorisé notre fille Sarra (10 ans) qui a refusé d’ouvrir la porte de l’appartement. Depuis, notre domicile est sous surveillance constante. Quelques jours avant, à son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, Hamma a subi un passage à tabac. On le traita de traitre. J’ai moi-même été agressée physiquement et verbalement quand j’ai essayé de le secourir. Le même jour, les quatre pneus de ma voiture ont été tailladés. Le 9 octobre, un agent de la police est venu nous remettre, à Hamma et moi-même, une convocation à nous rendre à la brigade criminelle, sans aucune précision quant à son objet. Le 10 octobre, alors que Hamma s’apprêtait à se rendre à Paris où il était invité à participer à un débat sur les élections, des policiers l’informèrent qu’il était interdit de quitter le territoire tunisien sous prétexte qu’un « citoyen » (toujours inconnu) aurait porté plainte contre lui et moi-même pour… agression !

Etant donné les différentes formes d’agression subies par mon mari de la part de la police agissant en présence de hauts responsables, ses avocats informèrent le procureur de la république qu’ils étaient en droit de craindre pour l’intégrité physique de leur client, lequel était néanmoins disposé à comparaître directement devant la justice. Jusqu’à aujourd’hui, aucune réaction du parquet n’a été enregistrée, de même, notre plainte relative à l’agression du 29 septembre 2009 a été totalement ignorée.

Cet acharnement est dû au fait que Hamma a osé s’exprimer sur la situation politique en Tunisie la veille des élections législatives et présidentielles du 25 octobre dernier. Il a dénoncé sur les chaines satellitaires « Al jazeera » et « France 24 » la répression, la corruption et les inégalités et a appelé au boycott des élections.

A l’occasion de la journée mondiale des droits de l’Homme, je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui ont exprimé leur solidarité avec Hamma et moi-même à l’occasion des multiples actes d’agression et violation de nos droits et appelle les partis politiques, les organisations de défense des droits de l’Homme et tous les démocrates à soutenir mon mari dans sa lutte pour le droit effectif à la liberté d’expression et à exiger que soient levées toutes les mesures arbitraires prises à son encontre.

Tunis le 10 décembre 2009 ; Radhia Nasraoui ( Tel : (+216) 25 33 99 60 (GSM) ; (+216) 22 79 57 79 (GSM) ; (+216) 70 86 04 16 (domicile).

Incidents et provocations à l’aéroport de Tunis-Carthage au retour de Khémaïs Chammari en Tunisie

Vendredi 11 décembre 2009 à 15h45, Khémaïs Chammari, de retour en Tunisie, passe au contrôle de douane « poussé », comme c’est le cas pour lui depuis 15 mois. C’est ce qu’on appelle la procédure A16 contre laquelle il a déposé deux plaintes à la Direction générale des Douanes et amorcé une procédure devant le Tribunal administratif pour « abus de pouvoir ».

Cette fois ci, contrairement aux tentatives faites à plusieurs reprises et notamment lors de son retour précédent, les douaniers s’en tiennent à une fouille publique et en isoloir très poussée de ses bagages, évitant, la question de la « fouille au corps ». Au bout de 25 minutes, Khémaïs Chammari qui a besoin d’une assistance chaise, quitte l’espace de la douane et s’apprête à atteindre le hall quand il est interpellé directement (la dernière fois le flot d’injures s’est adressé à son accompagnateur de l’office des ports aériens) par un énergumène qui l’a injurié en le traitant de « pervers sexuel », de « traître à la nation » et de « vendu à la France et à l’Europe ».

La scène s’est passée devant deux témoins, l’employé de l’OPAT et un policier en uniforme. Khémaïs Chammari a réagi en désignant son lâche agresseur du doigt alors que ce dernier tentait de rejoindre discrètement l’espace du poste de police, prenant à témoin l’employé, le policier et une dizaine de personnes dont son propre frère qui était venu l’accueillir. Khémaïs Chammari a dénoncé avec la plus grande fermeté et détermination le recours à ces méthodes de basse police et de voyou dont les conséquences peuvent être extrêmement graves.

A signaler que l’avant-veille, le mercredi 9 décembre, l’hebdomadaire « Kol An Nass » a consacré un nouvel article abject à la campagne contre notamment Kamel Jendoubi, Slim Bagga, Sihem Bensédrine, Néjib Chebbi et Sana Ben Achour, auxquels a été ajouté Khémaïs Chammari comme agents du Mossad israélien. Un entrefilet agrémenté d’une photo d’identité de l’intéressé a été publié dans la même page sous le titre « le traître et le vendu » Khémaïs Chammari.

Le CRLDHT dénonce avec une extrême vigueur ces provocations ignobles, ces campagnes diffamatoires et ces appels à la haine et au meurtre qui ne grandissent pas leurs commanditaires ; Abdelaziz Jeridi, le directeur de ces journaux de caniveau n’étant que l’exécutant de directives émanant de haut lieu.

La campagne de diffamation et de haine se poursuit.

Les agissements abjects de la presse de caniveau, sûre de son impunité, a redoublé d’intensité. Outre la poursuite des attaques contre Khémaïs Chammari, Radhia Nasraoui et Mohamed Abbou notamment ; les publications « Al Hadath » et « Kol An-Nass » de l’ignoble agent Abdelaziz Jeridi ont poursuivi leur entreprise de provocations et d’appel au meurtre contre Kamel Jendoubi, Sihem Ben Sédrine, Slim Bagga, Ahmed Bennour et, à présent, Nejib Chebbi, Sana Ben Achour et Michel Tubiana accusés de façon à la fois grotesque et criminelle d’être des agents des services israéliens dont les têtes seraient mises à prix par des « factions palestiniennes » et le « Hezbollah libanais » !!

Ces attaques indignes ont suscité l’ouverture de procédures en France et des réactions de solidarité importantes. C’est ainsi que des associations des droits humains , françaises, internationales et arabes (notamment syriennes) ont dénoncées avec vigueur cette campagne indigne ( voir communiqué ci-dessous). Des initiatives du même type sont en cours en Egypte, au Maroc, en Algérie et à Ramallah (Palestine).

10 décembre 2009 - Tunisie : Campagne médiatique de diffamation à l’encontre de défenseurs et journalistes tunisiens.

Par trois fois le journal KOLL ENNASS, publié en Arabe à Tunis, s’en est pris à des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes. Kamel JENDOUBI, Sihem BENSEDRINE et Slim BAGGA sont ainsi accusés d’être des agents israéliens qui seraient pourchassés par certaines «  factions palestiniennes ». Il semble qu’il faille voir, derrière ces accusations calomnieuses et totalement fantaisistes, la volonté du régime tunisien de discréditer ses opposants et probablement la justification à l’avance de violences annoncées.

Les organisations signataires sont préoccupées du fait que ces articles s’inscrivent dans une campagne de diffamation plus large visant à faire taire toute critique légitime et pacifique des autorités tunisiennes. Les derniers mois ont été marqués par une intensification des attaques, y compris sous la forme de violences physiques et de poursuites abusives à l’encontre de celles et ceux émettant des critiques pacifiques.

Nous dénonçons ces menaces qui pèsent sur des hommes et des femmes dont le seul tort est de réclamer le respect des droits de l’Homme dans leur pays. Nous sommes d’autant plus préoccupés que les plaintes pour diffamation portées par Kamel Jendoubi et Sihem Bensedrine restent à ce jour ignorées par les autorités tunisiennes.

Nous appelons les autorités tunisiennes à garantir l’intégrité physique de tous les défenseurs des droits de l’Homme et autres militants en Tunisie et à veiller à ce que toute personne qui userait de violence à leur égard réponde de ses actes.

Nous craignons également que de tels actes de violence puissent survenir hors de Tunisie. Nous appelons dès lors le gouvernement français et les autres gouvernements européens à prendre les mesures nécessaires pour faire clairement savoir au gouvernement du Président Ben Ali qu’ils ne tolèreront pas de tels agissements, que ce soit en Tunisie ou sur leurs territoires.

Organisations signataires Al-Haq ; Amnesty International ; Cairo Institute for Human Rights ; Centre libanais des droits de l’Homme ; Damascus Center for Human Rights Studies ; Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme ; Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme ; Ligue française des droits de l’Homme ; Organisation mondiale contre la torture ; Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme

Un reflux discret ?

Les conditions dans lesquelles la visite officielle du Roi d’Espagne a été ajournée suite à l’éditorial d’El Pais et sous le couvert d’une inflammation du pharynx du chef de l’Etat en disent long sur la frilosité et le manque de sang froid qui prévalent à Carthage. Face à ce bilan confirmé à New York, à Paris, à Berlin à Bruxelles et même à Rome et à Madrid et compte tenu des ripostes attendues aussi bien à Genève au niveau du système des Nations Unies qu’à Bruxelles au niveau des Institutions de l’Union Européenne ; les autorités tunisiennes semblent amorcer un reflux tactique encore discret pour l’instant.

Cela a été illustré, après les mesures de libération conditionnelle des victimes de la répression de Redeyef, par le mandat donné par le chef de l’Etat à un trio composé de MM. Rouissi président du comité supérieur des droits de l’Homme, Abdelwahab Béhi ancien bâtonnier, ancien MDS et président de l’observatoire des élections et l’ineffable Ismaïl Boulaya du MDS .

De son côté, la LTDH a pris une décision unanime de relancer le dialogue interne y compris avec ceux et celles parmi les militants de la Ligue qui ont déposé des plaintes judiciaires contre le Comité Directeur, avec l’objectif de tenir le VI ème congrès avant la fin mars 2010.

En réalité, cette mesure - récusée par le pouvoir durant des années - a été remise au goût du jour car le gouvernement en escompte, en cas de réussite, qu’elle constitue un contre-feu efficace pour tenter de décrisper et de dédramatiser la crise politique à laquelle il est confronté.

REPERES … REPERES … REPERES

Concert de soutien à TBB. Le lundi 7 décembre au « Point Ephémère » Quai de Valmy à Paris, un concert animé notamment par le chanteur algérien Rachid Taha a été organisé en soutien à TBB. A cette occasion, notamment, le Dr Moncef Marzouki a pris la parole et Khémaïs Chammari, retenu par le dîner de Gala de la FIDH a transmis un message de solidarité.

Dîner de Gala de la FIDH. Le lundi 7 décembre, la FIDH a organisé, sous la présidence de Souhair Belhassen et de Denis Olivennes directeur du Nouvel Observateur et porte parole du comité de soutien à la FIDH, son septième dîner de gala au Palais de Tokyo à Paris. Une soirée très réussie au cours de laquelle le bilan a été fait de la campagne internationale pour les droits des femmes de 2009 (avec les interventions d’Isabelle Autissier, Sophie Bessis et Patrick Baudouin, du GAJ) et la présentation de l’année des défenseurs 2010 axée sur les défenseurs russes victimes d’une implacable répression. Au nombre des invités, Kamel Jendoubi qui s’est excusé et Khémaïs Chammari ancien vice-président de la FIDH.

Le marathon des lettres 2009. Amnesty International a lancé ce lundi son Marathon des Lettres 2009, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, partenaire de l’opération qui doit court jusqu’au 13 décembre prochain. Le principe : l’ONG invite tous ceux qui le souhaitent à écrire directement à l’un des 14 défenseurs des droits de l’homme qu’elle estime menacés dans le monde, ou à signer une pétition pour faire pression sur les gouvernements concernés. Des témoins venus du Mexique, du Tchad ou de Tunisie ont fait le déplacement pour raconter leur histoire. Une démarche saluée par François Zimmeray, ambassadeur pour les droits de l’homme : "En cette période qui crée de l’anonymat et de l’indifférence, il est bon de donner un nom à ces individus isolés, afin que nous puissions à notre tour les défendre". Mohieddine Cherbib, président de la FTCR y a pris la parole au nom du CRLDHT et Yied Dhamani a animé la table du CRLDHT.

M. Cherbib a accordé à cette occasion deux interviews à l’express.fr et à France culture. (voire ci-dessous)

L’association canadienne, ’Association des droits de la personne au Maghreb (ADPM), animée par Jamel Jani, son porte parole, a pris l’initiative en relation avec le REMDH d’une lettre soumise à la signature de personnalités internationales et adressées au Président de la République tunisienne sur la situation en Tunisie.

Le centre du Caire pour l’éducation aux droits de l’Homme animé par Béhay Eddin-Hassan vient de publier son rapport annuel (en arabe et en anglais) sur les droits humains dans le monde arabe pour 2009 intitulé : « les droits de l’homme dans le monde arabe, un oasis d’impunité »qui dresse un bilan édifiant sur la dégradation des droits de l’Homme et des libertés, ainsi que sur le développement de la torture, des procès inéquitables et de l’impunité dans le monde arabe. Ce rapport peut être consulté sur les sites du centre du Caire et du REMDH. http://www.cihrs.org/Arabic/NewsSystem/Articles/2522 http://www.cihrs.org/english/newssystem/details.aspx ?id=2522 "Il y a beaucoup de Taoufik Ben Brik en Tunisie" Par Marie Simon, publié le 08/12/2009 à 07:00 - mis à jour le 08/12/2009 à 11:34

Le point sur la situation des droits de l’homme en Tunisie, avec le dissident Mouhieddine Cherbib.

Eté 2008. Un mouvement de protestation sans précédent embrase le bassin minier de Gafsa, situé dans le sud-ouest de la Tunisie. Les manifestants, qui dénonçaient la pauvreté, le chômage et la corruption qui gangrènent la région sont arrêtés. Condamnés à dix ans de prison. Depuis la France, Mouhieddine Cherbib préside le comité de soutien à ces manifestants. Invité ce lundi à témoigner lors de la journée de lancement du Marathon des Lettres 2009 organisé par Amnesty International (lire l’encadré), il évoque la situation des droits de l’homme en Tunisie pour LEXPRESS.fr.

Où en sont les manifestants de Gafsa dont vous défendez la cause ?

Certains leaders avaient été condamnés à dix ans de prison... Ils bénéficient d’une liberté conditionnelle depuis le 5 novembre dernier, après les élections [remportées par le président sortant Ben Ali, ndlr]. Ils sont surveillés de près, parfois poursuivis. Parmi eux, il y avait quelques chômeurs, bien sûr, mais aussi de nombreux représentants de l’éducation. Or après plus de trois mois passés en prison, ils ont été radiés de la fonction publique. On ignore s’ils vont être réintégrés malgré tout.

Et leurs revendications ?

Elles n’ont toujours pas été satisfaites. Le gouvernement est incapable de répondre aux exigences de la population alors que les problèmes s’accumulent dans cette région : contrairement au littoral est où des investissements sont réalisés, à l’intérieur des terres il n’y a rien autour des mines, les terres sont contaminées, il y a moins de travail en raison de la mécanisation croissante, quelque 150 000 diplômés chômeurs attendent... La frustration grandit face à ce sous-développement criant. Et ceux qui s’y attaquent, qui dénoncent pacifiquement le népotisme et la corruption qui touchent tous les niveaux de pouvoir, se retrouvent traités comme des criminels. De façon plus générale, distinguez-vous des signes d’amélioration en matière de liberté d’expression en Tunisie ? Non, la situation empire. Tous les secteurs font l’objet de la répression. La justice a été soumise au pouvoir, l’association des journalistes a été renversée, les militants des droits de l’homme sont bâillonnés, etc. La répression touche tous ceux qui bougent... et ils se font moins nombreux.

La répression touche tous ceux qui bougent... et ils se font moins nombreux

Tous ceux qui parlent un peu sont surveillés nuit et jour. S’ils ne sont pas mis en prison, alors on s’attaque à eux via des amendes ou des contrôles fiscaux. Regardez-moi, je suis venu de Tunisie en France il y a bien longtemps, j’ai la nationalité française et, pour la seule raison que je m’occupe du comité de soutien du groupe de Gafsa, j’ai été condamné à deux ans de prison par contumace ! Le cas le plus médiatisé en ce moment est celui de Taoufik Ben Brik, ce journaliste condamné à 6 mois de prison ferme pour avoir, selon les autorités, agressé une femme... Oui, il est victime de représailles parce que, dans la dernière quinzaine de la campagne électorale, il a publié une série d’articles virulents contre le régime. Mais il est loin d’être le seul. En Tunisie, il n’y a pas de place pour le vrai journalisme. Pas d’espace pour parler d’idées différentes, sans parler de faire connaître l’opposition. Il y a beaucoup de Taoufik Ben Brik en Tunisie.

Qu’attendez-vous de la part de la communauté internationale, et en particulier de la France ou de l’Union européenne ? Il faut que la France et l’Union européenne obligent Tunis à respecter l’accord d’association conclu en 1995 entre le pays et l’UE. L’article 2 de ce texte parle pourtant bien du respect des droits de l’homme (lire ci-dessous). En tout cas, nous n’attendons certainement pas de message similaire à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy, de passage en Tunisie en avril 2008 : "Les libertés avancent en Tunisie". Quel mot terrible...

Ce que dit l’accord d’association entre l’UE et la Tunisie Voici l’article 2 du texte signé par la Communauté européenne (nous sommes alors en 1995) et ses États membres, et la République tunisienne : "Les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des principes démocratiques et des droits de l’homme qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constituent un élément essentiel de l’accord."

Le Marathon des Lettres 2009 Amnesty International a lancé ce lundi son Marathon des Lettres 2009, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, partenaire de l’opération qui doit court jusqu’au 13 décembre prochain. Le principe : l’ONG invite tous ceux qui le souhaitent à écrire directement à l’un des 14 défenseurs des droits de l’homme qu’elle estime menacés dans le monde, ou à signer une pétition pour faire pression sur les gouvernements concernés. Des témoins venus du Mexique, du Tchad ou de Tunisie ont fait le déplacement pour raconter leur histoire. Une démarche saluée par François Zimmeray, ambassadeur pour les droits de l’homme : "En cette période qui crée de l’anonymat et de l’indifférence, il est bon de donner un nom à ces individus isolés, afin que nous puissions à notre tour les défendre".

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